La route des clameurs - DIARRA Ousmane

Couverture La route des clameurs

«Un matin, mon papa a fait apparaître un grand tableau vierge qu'il avait soigneusement caché dans la maison. Il connaît sa maison plus que quiconque au monde, mon papa. Il a donc sorti son tableau avec des pinceaux et des boîtes de peinture. Il s'est installé dans la rue, devant notre maison. Il s'est mis à crayonner, à peindre. Il avait presque les yeux fermés. Les gens qui passaient s'arrêtaient pour le regarder comme on regarde un animal sauvage au zoo, qui tourne en rond dans sa cage en fer, qui rugit en vain sa colère. Même moi qui suis son fils, je ne comprends rien à ce qu'il était en train de dessiner. Il a travaillé toute une journée ainsi. C'est à la nuit tombante que j'ai vu enfin surgir de ses pinceaux un vieux cochon...» On est au Mali, dans un sanglant bouillon d'intolérance, sous la férule des islamistes conduits par le calife Mabu Maba dit Fieffé Ranson Kattar Ibn Ahmad Almorbidonne, et aux prises avec la férocité des gamins imams. Un artiste peintre, par ailleurs ancien condisciple du faux calife, est pris dans les nasses de l'obscurantisme. On détruit sa famille, on détruit son atelier, ses tableaux et ses sculptures partent en fumée. Seule lui reste encore sa tête pleine d'ironie pour tenir tête aux envahisseurs, inoubliable figure de notre époque plombée de fanatismes, père à la fierté frêle et ulcérée, artiste à l'humour ravageur, homme à la dignité désemparée et exemplaire... C'est un enfant qui raconte.

Biographie de l'auteur

Ousmane Diarra est né en 1960 à Bassala, au Mali (autre forme du nom Usumani Jara). De son village de Bassala dans les brousses maliennes, il dévorait les caisses d’ouvrages livrés par la Croix-Rouge. Diplômé de l’Ecole normale supérieure de Bamako (Maîtrise de Lettres modernes), il a enseigné le Français pendant deux ans. Il est actuellement bibliothécaire au Centre culturel de Bamako.
Nouvelliste, poète et romancier, Ousmane Diarra est également auteur de livres pour la jeunesse et conteur. À ce titre, il anime "L'heure du conte" au CCF de Bamako depuis 1994 et a participé à de nombreuses animations autour du conte au Mali et en France.
Aujourd’hui, après avoir publié plusieurs nouvelles, il s’est enfin senti légitimé dans son amour de la littérature avec son premier roman très remarqué, Vieux Lézard. Avec Pagne de femme, il signe un roman beaucoup plus ample et ambitieux, au souffle puissant et gambadant, historique dans tous les sens du terme.

Date première édition: septembre 2014

Editeur: Gallimard

Genre: Roman

Mots clés :

Notre avis : 8 / 10 (1 note)

Enregistré le: 17 décembre 2019



Michel-Henri
Appréciation de lecture
La route des clameurs
Appréciation : 8 / 10
Commentaire #1 du : 17 décembre 2019
C’est un roman coup de poing ! S’il y a de l’humour dans ce livre, il s’agit de l’humour désespéré du clown triste. Ce qu’on nous décrit là c’est la folie des hommes, cette espèce de spirale infernale qui s’empare d’un peuple pour broyer ses enfants.
Qui est responsable, les illuminés venus d’ailleurs importer leur système délétère et dérisoire, ceux qui dans le pays, par vengeance, par goût du pouvoir, par mesquinerie ou par appât du gain vont se faire les bras armés des premiers, le peuple enfin qui semble trop las, trop lâche ou trop acculturé pour résister ?
C’est sans doute un peu de tout ça et nous savons de quoi on parle en Europe quand on nous conte ces histoires.
La force de cette écriture c’est de nous faire toucher du doigt la bouffonnerie de ce système, son hypocrisie et la bêtise crasse de ceux qui le servent.
On pourrait en rire, n’était qu’il broie tout sur son passage, défait les nations, les familles, massacre, viole, pille, avant de se retirer laissant un champ d’horreur où essayer de se reconstruire. Car bien sûr ces pulsions de mort qui s’emparent de tout un peuple ne peuvent durer, c’est comme une maladie contagieuse qui à force de tuer signe sa propre fin. Là encore Ousmane Diarra décrit bien les mécanismes à l’œuvre dans ce genre de régime. Les poisons qui les ont fait naître s’attaquent à l’organisme tout entier et ce ne sont que luttes intestines et révolutions de palais et quel qu’en soit le prix le goût immodéré du pouvoir.
Le style est dérangeant mais on sent bien que ce livre a été écrit par quelqu’un qui voulait sortir du piège, qui cherchait désespérément à comprendre et la seule façon de se faire entendre encore c’est un cri. Ce livre est un cri !

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